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Santos-Dumont, père de l'aviation

Vendredi 17 octobre 2008
Alberto Santos-Dumont

Alberto Santos-Dumont

Au début du XXème siècle, l’aviation en était à ses balbutiements. C’est grâce à la persévérance de quelques personnes si aujourd’hui nous pouvons tranquillement prendre un avion et voyager jusqu’à l’autre bout du monde en quelques heures. Un petit Paris – Lisbonne en avion de chez TAP en deux heures, ça dit quelque chose à quelqu’un?

Alberto Santos-Dumont était l’un de ces « illuminés ». Né en 1873 au Brésil dans une ville qui porte aujourd’hui son nom en son honneur, il était issu d’une riche famille brésilienne d’émigrés français par son père et portugais par sa mère. Lecteur assidu de Jules Vernes, il démontra très tôt beaucoup d’interêt pour la mécanique et le pilotage, conduisant les locomotives de la fazenda familiale (grande propriété agricole) pour transporter le café, ou en réparant différentes machines. Lors d’un premier voyage à Paris, en 1891, il observe pour la première fois de sa vie un moteur à essence. Il en rapportera un au Brésil, un moteur Peugeot, le premier de ce type au Brésil.

En 1897, déjà installé en France, il embaucha des instructeurs privés pour lui apprendre à manÅ“uvrer des ballons. Très vite il devint maître en la matière : en 1900, il avait déjà construit 9 ballons. Deux de ses ballons passeront à la postérité : le « Brazil » et le « Amérique ». Le premier fut le plus petit des aéronefs de l’époque jamais construit, et il obtint une honorable quatrième place avec le second lors de la coupe des Aéronautes qui eu lieu en 1899.

Mais tout ces vols n’étaient pas contrôlés, et Santos-Dumont cherchait le moyen de diriger ses ballons, de les transformer en ce qu’on appelle aujourd’hui des Dirigeables. Il créa donc une série de ballons motorisés et dotés de gouvernails. Il participera et remportera le Prix Deutsch de la Meurthe, un prix institué par une famille de mécènes de l’aviation. Il s’agissait de faire un aller retour entre Saint Cloud et la Tour Eiffel (environ 10 kms) en moins de 30 minutes. Santos-Dumont remporte le prix en 1901, un an après le lancement du Prix, avec son ballon n.°6, après plusieurs tentatives. Il répartira le prix, 100 000 francs (ce qui équivaudrait à 320 000 euros) entre les employés de son atelier et les pauvres de Paris. Ce prix lui apportera la gloire et une popularité mondiales. Il reçu les honneurs du président brésilien, Campos Salles qui lui donna le même montant que le prix Deutsch, du prince Albert I de Monaco qui l’invitait à venir travailler à Monaco et fut reçu par le président américain Théodore Roosevelt à Washingthon (il en profita pour visiter les labos de Edison…).

Ballon dirigeable numéro 9, de Santos-Dumont

Ballon dirigeable numéro 9, de Santos-Dumont

A la suite de cette période, il se remit au travail, avec un nouvel objectif : construire un appareil volant plus lourd que l’air, par opposition aux ballons et dirigeables. A l’issue de ce travail et de nombreuses tentatives, il fini par fixer le premier record de l’aviation mondiale, inscrit officiellement. Le 12 novembre 1906 au parc de Bagatelle (bois de Boulogne), il parcourt en vol 220 mètres en 21 secondes, à la vitesse de 41,3 km/h avec son 14 bis surnommé « l’oiseau de proie », un biplan à moteur d’une puissance de 50 CV. Il remporta par la même occasion le Prix de l’Aéroclub de France. Les vols accomplis par Santos-Dumont lors de cette journée furent également les premiers vols filmés par une compagnie de cinéma, Pathé.

Vidéo du premier vol d’un avion sans catapulte

Santos-Dumont est la première personne a avoir réussi à faire décoller un avion par ses propres moyens. Les frères Wright avaient utilisé une catapulte, pour leurs vols, et n’avaient pas été homologués. Santos-Dumont était effectivement la star internationale à l’époque de l’aviation moderne, et est, à juste titre, considéré comme étant celui qui l’a popularisé.

Le 14 bis

Le 14 bis

Son rêve était que tout le monde puisse un jour avoir un avion personnel : il développa en ce sens le « Demoiselle », visible sur la vidéo suivante, destiné à être l’avion de monsieur tout le monde. Il ne voyait donc pas d’un bon oeil la tournure que prit l’aviation commerciale, qui pariait de plus en plus sur de gros avions…

Santos-Dumont n’a jamais déposé de brevet pour le « demoiselle », son petit monoplan motorisé : il voulait que tout un chacun puisse réaliser son propre avion, afin de pousser à l’innovation. Il était donc également un pionnier de l’open source :D Ce fait augmenta encore sa popularité, et il commença même à vendre des versions améliorées de ces avions en kit! Roland Garros fera ses premiers vols avec un « demoiselle ».

La demoiselle de Santos-Dumont en plein vol

La demoiselle de Santos-Dumont en plein vol

Avec la première guerre mondiale et l’utilisation de l’aviation naissante à des fins militaires, Santos-Dumont fut profondément peiné et dégouté. En 1910, on lui diagnostiqua la sclérose en plaques, qui lui donnait une vision double et des vertiges. Il ne pouvait plus conduire une automobile, encore moins un avion. Sa maladie le mena à une depression toujours plus importante.

Ne pouvant plus se consacrer a sa passion, l’aviation, il se consacra à l’astronomie, à partir de sa résidence près de Trouville. En 1914, les habitants locaux, ne connaissant pas Santos-Dumont et trouvant bizarre son accent, qu’ils croyaient allemand, le dénoncent aux autorités, pensant que le télescope de notre ami aviateur était un instrument d’espionnage. Il fut emprisonné et sa maison perquisitionnée. L’état français s’en excusera formellement. Il continue toujours d’inventer, avec par exemple un moteur conçu pour les skieurs ou une douche spéciale d’eau chaude …

Il repartit dans son pays natal, le Brésil, en 1928, mais la série noire qui l’accablait allait continuer. Une douzaine de membres de la communauté scientifique brésilienne, voulant accueillir le héros Santos-Dumont firent un vol en hydravion en l’honneur de Santos-Dumont, mais l’aéronef s’écrasa sous ses yeux: aucun n’en réchappera, aggravant encore sa dépression. Il fut décoré de la légion d’honneur en 1930, mais se suicidera finalement en 1932, terrassé par le bombardement d’un soulèvement populaire à São Paulo.

Santos-Dumont en ballon

Santos-Dumont en ballon

La seule personne autorisée à piloter un des engins volants de Santos-Dumont était une jeune cubaine de 19 ans. C’est la première femme a avoir piloté un aéronef motorisé : Aida de Acosta, et  nous étions en 1903. Ses parents, affolés du comportement de leur fille, déciderent de l’éloigner du monde de l’aviation. Santos-Dumont ne l’oubliera jamais…

On doit également à Santos-Dumont la popularisation de la montre-bracelet. Santos-Dumont, lors d’une soirée en 1904 avec son ami Louis Cartier, s’était plaint qu’il ne pouvait pas regarder l’heure avec sa montre à gousset. Les montres-bracelet existaient déjà, mais étaient reservées au femmes. Cartier developpera le premier modèle masculin pour son ami Santos-Dumont, avec le succès qu’on lui connait. La prochaine fois que vous regarderez l’heure sur votre poignet, vous penserez à notre fou de l’aviation :)

Vimara Peres, premier comte de Portucale

Vendredi 3 octobre 2008

Il y a eu, avant le pays que l’on nomme aujourd’hui le Portugal, un comté, le Comté de Portucale, ou Comté de Portugal. Ce nom correspond en fait à deux comtés, qui ont existé à deux périodes distinctes de l’Histoire. Pour faire la distinction entre les deux comtés, il est usuel de nommer le premier comté par Condado de Portucale, et le deuxième de Condado Portucalense. Je vais donc vous parler du Condado de Portucale et de son fondateur, Vimara Peres.

Statue de Vimara Peres à Porto. Source : wikipedia

Statue de Vimara Peres à Porto. Source : wikipedia

Vimara Peres est né en Galice, en l’an 820. La péninsule ibérique était alors pratiquement toute entière sous contrôle musulman, hormis le petit royaume des Asturies. Devenu seigneur de guerre et vassal du Roi des Asturies, Léon et Galice Alphonse III, il fut envoyé combattre les occupants musulmans. C’est lui qui repris définitivement aux Maures les villes actuelles de Porto et Gaia, connues à l’époque sous le nom de Portucale. On était alors en l’an 868, et il devint cette même année le premier Comte de Portucale. Il fonda une petite ville, non loin de Braga, nommée Vimaranis, dérivée de son propre nom, et en fit sa capitale. C’est la ville moderne de Guimarães, éternelle rivale de Braga ! Guimarães est surnommée par les Portugais « berceau de la nation ». C’est à partir du comté que Vimara organise le repeuplement chrétien de la région, avec beaucoup de succès.

Vimara mourut en 873, laissant le pouvoir à son fils, Lucidio Vimaranes. Une dynastie était fondée, qui allait durer jusqu’en 1071, avec pour dirigeants des comtes, (comite), des ducs (dux) ou des princes (princeps), n’existant pas véritablement de hiérarchie entre ces différents titres pour le comté.

Le dernier comte mourut donc en 1071, à la bataille de Pedroso, qui l’opposait au roi de Galice, Garcia II. Le comte, Nuno Mendes, tentait lors de cette bataille perdue, d’obtenir une plus grande autonomie pour son comté. Avec la défaite, le comté revint intégralement à Garcia II, devenu roi de Galice et Portucale.

Mairie de Porto

Mairie de Porto

Haut-commissaire pour les réfugiés de l'ONU, António Guterres

Mercredi 1 octobre 2008

Antonio Guterres est un ancien premier ministre socialiste du Portugal, de 1995 à 2002. Aimé des Portugais, la principale critique qui lui était faite était son manque d’autorité. Trop gentil. Pas de majorité absolue.

Ce furent 7 années où il était difficile de gouverner le pays, car pour le faire avancer dans un sens ou dans l’autre, il fallait que les décisions puissent être prises. Or, elles étaient souvent bloquées, précisément par un travail de l’opposition qui mettait des bâtons dans les roues à tout prix. Du moins c’est comme ça que je l’avais perçu à l’époque. Les guignols de l’info portugais, le « contra-informação » faisaient répéter à la marionnette de Guterres à chaque sketch « Ã© a vida« , « c’est la vie », dans un signe de résignation fataliste vis à vis de son impuissance. C’était effectivement le entiment qui se dégageait de cette époque du gouvernement.

Antonio Guterres. Source : wikipedia

Antonio Guterres. Source : wikipedia

On se souviendra également de Guterres en tant que catholique, dans un parti majoritairement constitué d’athées ou d’agnostiques, ce qui lui valait beaucoup d’opposition interne, en plus de l’opposition classique des autres partis. Le cas le plus flagrant dont je me souviens eu lieu lors du premier référendum pour ou contre l’avortement : le Parti Socialiste était pour l’avortement, tandis que lui, premier secrétaire, était contre. Le premier référendum fut donc négatif pour les femmes qui voulaient avoir le droit d’avorter, de très peu. Probablement que la position d’Antonio Guterres n’y est pas étrangère.

Il se démet de ses fonctions de premier-ministre le lendemain du résultat des élections municipales, où le parti de l’opposition, le PSD, avait clairement remporté la majorité des municipalités. Il avait dit à l’époque que c’était pour éviter la « jungle politique », le désordre : si le pays avait été difficile à gouverner jusque là, il serait carrément impossible de le faire désormais.

Voilà pour l’homme politique, qui fut également président de l’internationale socialiste de 1999 à 2005.

Élève brillant, diplômé en ingénierie électrotechnique avec une moyenne finale de 19/20, il fut élu meilleur élève des lycées du Portugal. Tandis qu’il était au pouvoir, il eu un grand malheur : sa femme mourut de maladie prolongée en 1998, d’un cancer. Il se remariera en 2001.

C’est en 2005 qu’il devint le Haut-commissaire pour les réfugiés de l’ONU, mandaté jusqu’en 2009. Et c’est clairement quelqu’un taillé pour le poste au sein de l’agence des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR), de par ses qualités humaines et son sens de la diplomatie. Cette institution a reçu à deux reprises le prix Nobel de la paix, en 1954 et en 1981. Pour attirer l’attention de la communauté internationale sur les problèmes des réfugiés, de plus en plus nombreux, le haut-commissariat pour les réfugiés de l’ONU fait appel à des « ambassadeurs de bonne volonté », des personnalités très médiatiques. Angelina Jolie, Giorgio Armani ou Barbara Hendricks en font partie.

Jamais le rôle de l’agence de l’ONU n’a été si vital. Depuis 2006, avec l’Irak, l’Afghanistan, les conflits « oubliés » africains, il existe une recrudescence de guerres et de combats qui sèment la panique. Forte de ses 6300 employés, de sa présence dans 110 pays, elle protège et aide 32,9 millions de personnes ! Le budget 2007 a été de 1 milliard de dollars. Même budget réuni par l’Union Européenne pour venir en aide à la production agricole des pays pauvres, face à la crise alimentaire mondiale actuelle. Bien peu, si on pense à l’ampleur de la tâche, bien peu si on pense aux 700 milliards dont on parle pour sauver le système financier occidental de la crise actuelle… priorités pour le moins étranges. Immorales nous dit Antonio Guterres.

Le Haut-commissaire pointe lui même ces inégalités flagrantes et scandaleuses. Lorsque l’on parle des immigrés qui envahissent l’Europe, ce qui serait le résultat de ces guerres, il faut se souvenir que ce n’est qu’une infime partie de la population totale réfugiée, qui est dans son écrasante majorité dans des pays du sud et limitrophes des pays en conflit : Pakistan, Iran, Syrie….

Il ne nous reste plus qu’à souhaiter tout le bonheur du monde à Antonio Guterres dans sa lourde tâche de venir en aide aux réfugiés, qui n’a jamais été aussi difficile depuis la seconde guerre mondiale…