Articles taggés avec ‘Mariza’

Cavaleiro Monge, poème de Fernando Pessoa chanté par Mariza

Mardi 9 décembre 2008

Il y a de ces poèmes qui laissent une empreinte sur ceux qui la lisent. « Do vale à montanha », de Fernando Pessoa, est de ces poèmes là. Intégré dans son oeuvre « Mensagem » (message), je vais faire l’exercice périlleux de le traduire. Repris par la chanteuse de Fado Mariza sous le nom de « Cavaleiro Monge », nous découvrons une musique profonde et sublime, servie, dans le clip, par les jardins de la Quinta da Regaleira, à Sintra.
(Lire la suite…)

Concert de Mariza à Paris, avec Tito Paris

Samedi 27 septembre 2008

J’aimais le Fado.

Désormais, je l’adore. Oui, je reviens du concert de Mariza au Cirque d’Hiver Bouglione. Je vous l’avais dit que j’irais, dans un précédent article. Et c’était fabuleux. Oui. La sublime Mariza, la digne représentante de la nouvelle génération du Fado, était accompagnée par de fantastiques musiciens.

Entrée du Cirque dHiver

Entrée du Cirque d'Hiver

En fait, j’utilise beaucoup de superlatifs pour Mariza, mais… ce sont juste des Vrais musiciens en fait. La musique moderne que nous écoutons – trop – souvent à la télé à donné la part belle aux amateurs, qui font de l’à peu près. Lorsqu’on se retrouve face à des gens qui savent vraiment jouer ou chanter, de par leur immense talent et surtout leur long apprentissage, on ne peut que ressentir une claque.

Lustre du Cirque, richement decoré

Lustre du Cirque, richement décoré

Mariza est un condensé de talent, avec une voix mélodieuse et puissante, pleine de sentiment. Comme vous pouvez le voir sur les photos, le cadre du Cirque d’Hiver était somptueux à regarder, mais. Oui, parce qu’il y a un mais : nous étions mal assis. Ok, nous étions tout en haut derrière, dans des mini fauteuils (je me cognais les genoux contre la place de devant). De plus, un cirque, même somptueux, ne se prête pas à un Fado. Un Fado, c’est intimiste, c’est quelque chose de fort partagé entre les artistes, les fadistas, et le public. Le décor n’a pas à distraire de l’essentiel, c’est à dire la musique, et les stars de la soirée. De plus, ce soir, nous avions un son « Ã©trange », sur certaines musiques, on entendait que partiellement notre chanteuse Mariza. Dommage.

La piste du Cirque

La piste du Cirque

Le problème, c'est qu'on était trop loin pour admirer la guitare portugaise...

Le problème, c'est qu'on était trop loin pour admirer la guitare portugaise...

Le Cirque d’Hiver n’a pas vraiment une très bonne acoustique, il n’avait pas été prévu pour ça. Mais malgré tout, le talent des interprètes est si puissant qu’il arrive à faire oublier ces handicaps de la salle. Salle qui était, comme il est évident sur les photos, archi comble. Comble d’un public mixte, avec une bonne moitié de Portugais (ah ça, il y a même eu quelques « Ã© fadista! » dans la salle) :)

Mariza s’est adressée en Français au public, d’ailleurs, un Français qu’elle ne maitrise pas, mais elle fait l’effort de le parler. C’est un peu frustrant de la voir avoir du mal à s’exprimer, elle qui a l’élocution d’une diva… ah mais c’est une Diva, justement. Mais je vous rassure amis portugais, elle s’est également adressée en Portugais, en s’excusant de ne pas l’avoir fait plus tôt. C’est à ce moment là qu’on comprend que la moitié de la salle était portugaise. Mais, il fallait bien qu’elle se fasse comprendre par tout le monde, et donc, elle utilisait le Français, vu que a priori, les Portugais présents parlent également le Français.

Tito Paris, chanteur et compositeur Cap-Verdien

Tito Paris, chanteur et compositeur Cap-Verdien

L’invité très spécial de Mariza pour cette série de concerts, le Cap-Verdien Tito Paris, est resté pour trois chansons : un duo et danse avec Mariza (la chance *_* ), une musique originale que je vous mets en vidéo juste après, et la fameuse musique Cap-Verdienne que Cesaria Evora a immortalisé dans le marbre de la culture mondiale, « Saudade ».

Tito Paris danse avec Mariza

Tito Paris danse avec Mariza

Cette chanson qu’il nous a jouée pendant le concert se nomme « Danca Ma Mi Criola ». C’est trop entrainant, ça donne trop envie de bouger :) c’est vraiment dommage que Tito Paris ne soit pas plus connu, c’est dingue le nombre de perles qui nous passent à côté. Enfin, un petit peu moins avec Lusitanie.fr :D

Tito, pour parler encore un peu de lui, est venu au Portugal à l’âge de 17 ans, à la demande de Bana (une légende musicale du Cap-Vert), afin de jouer dans son groupe. Il connait donc bien le Portugal est le milieu de la musique portugaise. Un peu comme tout les autres Cap-Verdiens en fait, les deux pays continuent à entretenir de profondes relations d’amitié.

Lors de son interprétation de « Saudade », il a remplacé, pour faire plaisir à son public, l’endroit « São Nicolau » (patelin du Cap-Vert d’où est originaire le compositeur de la musique) par « Cabo Verde » ou, d’autres fois, par « Portugal ». C’est vrai que ça fait plaisir, mais bon, il y avait quand même derrière moi des gens qui chantaient avec le São Nicolau. Pas plus mal comme ça.

Toute la joie de chanter de Mariza

Toute la joie de chanter de Mariza

Il ne faut pas beaucoup de moyens pour jouer du Fado. Une voix, une guitare… et c’est tout. C’est limite si il n’y avait déjà pas trop de monde au concert ce soir, avec un guitariste acoustique, un bassiste, un percussionniste, et un pianiste / trompettiste, en plus de l’obligatoire joueur de guitare portugaise (mon dieu ce que j’adore cet instrument).

Le bassiste et le guitariste acoustique accompagnent Mariza

Le bassiste et le guitariste acoustique accompagnent Mariza

Ah la la… c’était vraiment dommage que je sois dos à la star des instrumentistes, le joueur de guitare portugaise, Angelo Freire. Je ne le connaissais pas avant ce soir, il me semble très jeune pour tant de talent : il nous a livré une « guitarrada » fabuleuse (c’est un solo de guitare). Il faut vraiment avoir des doigts de fée pour jouer comme il joue ! La guitare portugaise, c’est ce qui donne cette sonorité si spéciale au Fado !

Tonerre dapplaudissements

Tonerre d'applaudissements

La salle était vraiment enthousiaste, avec des applaudissements à tout rompre plusieurs fois pendant le concert. C’était magique. Toute la salle debout pour applaudir la Diva du Fado, Mariza, c’est pas tous les jours. Et dire que ce n’est que la première soirée, demain elle remet ça :)

Musique sans micro

Musique sans micro

Pour nous remercier d’avoir été un public si fantastique, Mariza et les deux guitaristes vont jouer, tenez vous bien, sans micros, sans amplis. Juste avec leurs voix et leurs instruments. Comme on en joue dans les rues de Lisbonne, quoi.

Fabuleux. Le son dont je me plaignais au début n’était plus un problème. Tout était parfaitement équilibré. La sublime voix de Mariza, malgré des problèmes flagrants de sonorisation de la salle, montait jusqu’à mes oreilles, les caressant de façon suave et mélodieuse… La salle observait un silence religieux pour l’écouter, la moindre personne qui toussait s’entendait. Ah oui, c’est clair que là, n’importe qui aurait pu gêner leur prestation.

Mais sincèrement, je préfère le Fado comme ça. Au naturel. Proche. Sans les artifices des micros, des hauts parleurs, des mauvais réglages sonores. Je suis encore estomaqué d’avoir entendu ça, c’est donc ça une vraie chanteuse… waouh.

La soirée touchait à sa fin. Mariza, après les multiples « encore », revient nous jouer, pour finir, « gente da minha terra ». Mon Dieu ce que cette musique est belle avec sa voix. Elle a tout au long du concert fait un juste milieu entre son nouvel album, « Terra », avec ses anciens morceaux. Ce nouvel album vaut vraiment la peine d’être écouté sans modération, j’aime beaucoup « Rosa Branca ». Mariza chante, mais elle danse aussi beaucoup, comme au début du Fado, qui n’est pas forcément une musique triste (du moins celui de Lisbonne).

Mercis et encores

Mercis et encores

De gauche à droite : Simon James, pianiste et trompettiste, Angelo Freire, virtuose de la guitare portugaise, Tito Paris, compositeur Cap-Verdien, Mariza, Diogo Clemente à la guitare classique, et une personne dont j’ignore le nom, je fais un appel ici. Le percussionniste aux cheveux longs, il s’appelle comment ? Mariza avait dit « Vicky » ou « Ricky », pas très bien entendu… il est très bon en plus, comme il l’a démontré lors de son solo. La dernière personne, le bassiste, Marino de Freitas.

Pour ceux qui regrettent de ne pas être venu au concert, je vous rassure, elle vient à peine de commencer sa tournée mondiale : elle fera plus de 100 concerts dans 21 pays, elle finira bien par passer près de chez vous :) Je vous laisse avec le premier clip officiel de « Terra », la chanson « Rosa Branca ».

Mariza au cirque d'Hiver à Paris, les 26 et 27 septembre

Mardi 9 septembre 2008

La diva du Fado, Mariza, sera présente en concert au Cirque d’Hiver de Paris, le 26 et le 27 septembre. Achetez vite vos billets, il y en avait plus beaucoup quand j’ai acheté les miens à la Fnac :3

Un petit extrait youtube d’un concert de Mariza à Londres. La chanson, chantée entre autres par la grande Amalia Rodrigues, est ici reprise d’une façon phénoménale. Le refrain de « Barco Negro » (bateau noir) nous parle d’un amour qui n’est pas parti, parce que tout autour nous rappelle cet amour.

Les fadistas (chanteurs de fado) sont avant tout des interprètes, il est donc très courant d’avoir plusieurs versions d’une même musique, chantée de façons différentes. Juste à titre de comparaison, je vous mets la version d’Amalia.

Le Fado, musique de Lisbonne et Coimbra

Samedi 16 août 2008

Le Fado est un style musical populaire portugais. Né de plusieurs influences au cours de la deuxième moitié du XIXème siècle à Lisbonne, mais avec des racines beaucoup plus anciennes, il est caractérisé par un chant mélodieux et nostalgique.

L’origine du Fado est mystérieuse : pour beaucoup, c’est un chant qui date de l’époque de l’occupation musulmane (il y a tout de même 1000 ans), ce qui n’est pas réaliste d’un point de vue ethno-musical. Il faut plutôt chercher l’origine du côté de Lisbonne, ville mondialisée par excellence au XVIIIème siècle et qui était donc un creuset de cultures.

Le Fado n’a pas pour seules origines la ville de Lisbonne : il existe un autre genre, celui de Coimbra, la ville des étudiants (un tiers des étudiants portugais étudient à Coimbra). Le Fado de Coimbra est plus intellectuel, ce qui semble logique pour une ville étudiante. La majorité des thèmes abordés dans les chansons de Coimbra sont des balades, des peines de cÅ“ur ou la tristesse d’un départ, ce qui n’est pas le cas des musiques de Lisbonne, plus joyeuses en général (si je voulais caricaturer, je dirais que l’amour à Coimbra est mort, et l’amour à Lisbonne est parti).

Le Fado est très associé au Portugal, éclipsant totalement les autres genres musicaux, ce qui est dommage. Même au Portugal, on ne parle quasiment que de Fado : c’est, après tout, la musique de la Capitale. Or, cette musique est majoritairement triste, avec des paroles parfois à la limite du morbide. C’est un peu pour ça qu’on dit que les Portugais sont un peuple triste, tristes d’avoir perdus leur grandeur passée je ne sais pas (les paroles ne sont pas trop en rapport avec une éventuelle gloire passée, voire pas du tout), mais tristes tout de même, alors que, en pratique, c’est quand même un pays ensoleillé au bord de mer qui aime faire la fête comme tous les autres pays latins du sud.

Peut-être parce que les Portugais savent mieux que quiconque ce qu’est la Saudade, ce sentiment souvent assimilé à de la nostalgie, mais pas tout à fait. La musique d’un pays, sa culture, ce qui est passé à la télé ou qui passe dans les petites fêtes possède une responsabilité envers les gens qui l’écoutent : à trop écouter de la musique triste, on fini peut-être par être nous mêmes tristes.

Parfois, un peu d’émotion profonde ne peut pas faire de mal, écoutons Mariza, qui chante « Gente da minha terra » (peuple de mon pays) :

C’est du pur fado de Lisbonne, chanté avec toute l’émotion de la grande diva du Fado qu’est Mariza. T’écoutes ça, tu pleures d’émotion en repensant à tout ceux que tu as laissé derrière toi en partant de ta ville, de ta campagne pour aller vivre ta vie. C’est ça, la Saudade.

Le Fado possède son instrument : la guitare portugaise. Jouée par un Maître comme feu Carlos Paredes (Fado de Coimbra), elle nous fait revivre à nouveau ce sentiment spécial, la Saudade.

Les deux fados que l’on vient de voir, l’un chanté « de Lisbonne », l’autre instrumental « de Coimbra » n’ont rien à voir, et sont pourtant si proches au niveau du ressenti. On aurait pu croire que le Fado, en tant que musique populaire traditionnelle aurait pu n’avoir qu’un succès d’estime auprès des Portugais, mais ce n’est pas le cas.

Je vous dirais que le Portugal valorise beaucoup sa musique, le paysage musical est riche et varié. Très souvent, des chanteuses comme Mariza sont au top des hit-parades et ce n’est pas une « honte » pour un jeune de 16 ans dire qu’il écoute Mariza, ou Dulce Pontes, ou Mafalda Arnauth, ou Teresa Salgueiro…Il faut dire qu’il n’y a pas tant de pays que ça qui possèdent une si jolie musique purement nationale.

Je reviendrais évidemment sur le Fado dans d’autres billets du blog où je vous parlerais plus longuement de certains aspects de cette musique, à bientôt :)